Chanteuse du groupe The Fugees, interprète de Rita Louise Watson dans Sister Act et Queen de la soul, on ne la présente plus. Dimanche soir, Ms Lauryn Hill était « présente » au Forest National de Bruxelles pour fêter les 20 ans de son premier — et seul — album studio The Miseducation of Lauryn Hill. Retour sur un album légendaire et une carrière semée d’embûches.

The Miseducation of Lauryn Hill ou la légende 

19 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, disque de diamant, cinq Grammys dont celui de meilleur album de l’année lors de sa sortie, The Miseducation of Lauryn Hill a donné naissance à des classiques inoubliables (Doo Wop, To Zion, Ex-Factor) dont l’influence rayonne encore sur le monde de la musique, vingt ans après. Comment expliquer ce succès ? 

The Miseducation of Lauryn Hill est l’autobiographie d’une jeune Lauryn âgée de 22 ans, enceinte de son premier enfant et la tête pleine de rêves. Dans cet album, elle exprime son amour, ses peurs, ses peines et ses joies. Son premier – et seul – opus dépeint son passage de l’adolescence à l’âge adulte. Le tout en 77 minutes. Le hip-hop règne sur la tracklist avec des titres comme Final Hour ou Lost Ones sur lequel Lauryn est en plein rap battle mode face à son ancien ami Wyclef, également rappeur dans le groupe The Fugees. Mais ce qui rend cet album si unique réside dans sa diversité : la soul, très présente,  (I Used to Love Him, Everything is Everything ou encore When it Hurts so Bad) n’hésite pas à se coupler au reggae, son premier amour (Forgive Them Father, qui sample Concrete Jungle du légendaire Bob Marley).

Cet opus est également une lettre à différents destinataires. Une lettre à son cœur brisé, avec le titre Ex-Factor : « No matter how I think we grow you always seem to let me know, it ain’t working« . Une lettre à Dieu où elle exprime sa foi envers son seigneur et sauveur. Une lettre d’amour à son fils aîné Zion, né un an auparavant de son union avec Rohan Marley. « I’ve never been in love like this before / Now the joy of my world lives in Zion« . Elle y chante que son entourage la jugeait trop jeune pour devenir mère, accompagnée par une mélodie signée Carlos Santana. 

Avec The Miseducation of Lauryn Hill, la chanteuse a su briser certains codes musicaux de l’époque en alliant différents genres, thèmes et influences. Cet album lui a même permis d’acquérir le titre de meilleure rappeuse-chanteuse de son ère. La place de Ms. Lauryn Hill est au Panthéon des légendes du hip-hop. Le disque en lui-même a très bien vieilli, sa compositrice, un peu moins. 

What happened, Miss Hill ?

Entre son emprisonnement pour évasion fiscale et sa santé mentale déclinant à vue d’œil, il est évident que Lauryn Hill a eu du mal à accepter toute cette notoriété.  « J’étais en tournée et j’avais l’impression d’être prisonnière », dévoile-t-elle lors de sa session MTV Unplugged sortie en 2002. Durant cette session, Lauryn se met à nu. Elle aborde sa dépression, mais aussi son malaise avec l’industrie musicale et la célébrité.

« J’ai fini par accepter le fait que j’avais crée cette personnalité publique, cette illusion publique dont j’étais l’otage. C’était comme si je n’étais plus une vraie personne, parce qu’on a trop peur de ce que va penser le public. Et, à ce moment-là, j’ai dû sacrifier une partie de moi », explique-t-elle. Lauryn Hill fait malheureusement partie de ce club d’artistes à qui la célébrité ne convient pas. Rester bloquée dans un personnage a, en quelque sorte, bloqué son aura créative. D’où le fait que The Miseducation of Lauryn Hill a été son seul et unique album. Né d’une volonté sincère de partager une partie de sa vie, ce projet a connu un succès beaucoup trop retentissant à supporter. Difficile d’assumer un album criant d’honnêteté et de lever la barre encore plus haut.

« Je sais que tout le monde est dans la même galère. Je vous le dis. On est tous dedans. Je le sais, poursuit-elle. Et moi, je suis la première à le dire, je suis une épave. Et j’essaie d’arranger les choses tous les jours, j’essaie de moins être une épave ». Cette session MTV Unplugged est révélatrice du mal-être dans lequel était plongée Ms. Lauryn Hill. Empêtrée dans des affaires judiciaires, dépressive et mal dans son rôle de superstar, la jeune femme n’a, jusqu’à présent jamais réussi à sortir la tête de l’eau. La preuve avec sa tournée mondiale, pour fêter les 20 ans de son album, où la chanteuse passe plus de temps à sauver les meubles d’une production bâclée que de prendre réellement plaisir à performer sur scène. 

À Bruxelles, le vingtième anniversaire d’un album intemporel

Après presque deux heures de retard, la diva de la soul a enfin daigné se pointer sur scène. Malheureusement, même les applaudissements frénétiques n’arriveront pas à étouffer les huées d’un public mécontent. Elle interprète trois chansons durant lesquelles elle fait des signes à l’ingénieur-son entre deux lyrics « I can’t hear the drums, I need my drums, man« . L’air frustrée par les problèmes techniques, elle quitte la scène en remerciant le public et en leur souhaitant un joyeux vingtième anniversaire. « Happy twentieth yall, thank you for your support for over two decades“. Le public n’en croit pas ses oreilles.

Les huées reprennent de plus belle, accompagnées cette fois-ci d’injures. Beaucoup de gens quittent la salle de spectacle. Pas de bol pour eux, la diva revient dix minutes plus tard, plus calme. « Girls ! Come back girls, come on ! », lance-t-elle à ses chœurs encore dans les coulisses. “You want more ? Imma give it all to you tonight, Brussels !« . Le public s’excite et fait trembler l’arène du Forest National en tapant des pieds. Le spectacle continue alors avec des medleys composés de When it Hurts So Bad, Forgive Them Father et de grands classiques issus de The Score, son album avec les Fugees, tels que Ready Or Not, Fu-Gee-La, No Woman No cry ou encore Killing Me Softly with his Song.

À la sortie, le public est mitigé. « J’ai l’impression d’avoir foutu 80€ en l’air », regrette un fan. « Enfin, ça a mal commencé, mais elle s’est bien rattrapée sur la fin », défend une autre. “Worst show I’ve ever been to, hands down ! », s’exclame une Anglaise qui avait l’air d’avoir fait le déplacement uniquement pour le concert. Shanon, 52 ans, fan de Lauryn Hill depuis plus de vingt ans, partage sa frustration à la sortie du concert bruxellois « Je l’aimais tellement. Je l’aime encore, honnêtement. Mais j’ai l’impression qu’elle ne nous aime pas autant, explique-t-elle. The Miseducation a changé ma vie. Il a changé la vie de beaucoup d’autres. » 

The Miseducation of Lauryn restera tout de même dans les annales du hip-hop et de la soul comme un classique intemporel, un hymne à l’émancipation qui traverse les époques et les cultures. Un album qui, malgré la réputation controversée de sa chanteuse, parle autant au cœur qu’à l’esprit. 

La tournée européenne de The Miseducation of Lauryn Hill Tour continuera jusqu’en décembre 2018. 

Posted by:Bineta Diop

19 • Grande fan de séries, de romans et de comics • english student •

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *