Cet article s’adresse aux féministes blanches, les white fem. Vous vous reconnaîtrez, mais vous continuerez de lire, parce que vous êtes curieuses de savoir ce que l’on vous reproche, vous qui avez tant à coeur l’idéal d’égalité entre les hommes et les femmes. La question qui doit guider votre lecture est la suivante : pensez-vous à toutes les femmes ?

We should all be feminists

Le concept-même du féminisme est simple. Il recherche l’égalité entre les hommes et les femmes. Dès lors, comme le dit la brillante Chimamanda Ngozi Adichie, we should all be feminists ; car, en effet, qui ne recherche pas l’égalité ? Il est clair que dans le monde occidental, il est impensable de déclarer que l’on ne souhaite pas l’égalité des sexes. Donc les femmes féministes (j’aurais souhaité qu’il s’agisse d’un pléonasme) se battent. Elles utilisent des moyens classiques –elles manifestent–, elles utilisent des moyens de 2018 –elles tweetent–. Voilà pour le féminisme. S’il est déconseillé d’être une femme peu  importe la partie du globe sur laquelle on se trouve, comment passe-t-on du concept simple de féminisme au white feminism ou féminisme blanc ? Comment celui-ci manifeste-t-il ?

Le féminisme des femmes blanches

L’expression ne trompe pas, le féminisme blanc est le féminisme des femmes blanches. Dans la mémoire populaire, les premiers combats féministes sont ceux du début du XXe siècle : les suffragettes notamment. Cent ans plus tard, ce sont toujours à elles que l’on pense quand on parle d’Histoire du féminisme. L’on aime s’y référer et se complaire dans ce semblant de devoir de mémoire envers ces femmes qui ont obtenu le droit de vote et a fortiori, l’égalité. Évidemment, il ne s’agit pas de l’intégralité des femmes blanches, et si, en tant que femme blanche, vous vous tenez devant votre écran, prête à vous indigner face à la « généralisation » prétendument effectuée dans l’article, c’est que vous faites partie du problème. Check your privilege.

© deathtodickens.com

D’aucuns penseront qu’il est mal avisé de superposer plusieurs combats ; celui du sexe et celui de la race. Néanmoins, lorsque l’on y réfléchit, c’est d’une logique enfantine. On sait désormais ce qu’est le privilège blanc. Ainsi un homme blanc et un homme racisé (non blanc) ne sont-ils pas égaux. On sait également ce qu’est le sexisme, et l’on déplore que l’homme et la femme ne soient toujours pas placés sur un pied d’égalité. Assembler ces deux variables rend compte d’une troisième réalité : la femme blanche est privilégiée par rapport à la femme racisée.

Le féminisme de la femme blanche, hétérosexuelle et valide

Attention toutefois ; le féminisme blanc, s’il laisse entendre qu’il s’agit exclusivement d’une question raciale, n’en est pas moins complexe. Notons que le féminisme blanc fait de la femme blanche cisgenre (dont le sexe attribué à la naissance correspond au genre, contrairement aux personnes transgenre) hétérosexuelle et valide, la femme universelle, la seule femme qui compte.

Égoïstement, il s’empare des combats qui lui sont propres –l’inégalité des salaires, les violences faites aux femmes– en occultant ceux des autres femmes : la femme racisée, la femme transgenre, la femme homosexuelle, la femme handicapée, la femme qui cumule plusieurs de ces stigmates. Autant de femmes dont la vie est d’autant plus compliquée que celle de ladite femme universelle. Ainsi le féminisme blanc s’oppose-t-il au féminisme dit intersectionnel, qui se veut davantage inclusif.

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Une occultation des revendications des autres femmes

On l’aura compris, le féminisme blanc a pour caractéristique principale d’occulter les revendications des autres femmes : comprenez la femme non-universelle. Entendons-nous bien : il n’y a pas de combat plus important que d’autres. Il y en a simplement des plus urgents. Quand la femme de France ou des États-Unis d’Amérique se bat pour l’égalité des salaires aujourd’hui, cette petite fille au Burundi sera excisée demain. Cette adolescente au Pakistan n’aura pas le droit de continuer ces études. Cette jeune femme en Inde sera mariée de force.

Typiquement, la white fem ne considèrera que ses propres combats, omettant la variable –très importante– de la race, qui balance incessamment avec la constante du sexe. Mais ce n’est pas tout. Le white feminism a un autre aspect dont la manifestation dépasse l’entendement : parler plus fort que la femme non-universelle. Prenons une réalité très présente dans les médias –français– ces dernières années : la question du port du voile dans le cadre de la pratique de l’Islam.

Les white fem françaises, dans ce cas-là, auront tendance à remettre en cause le choix des femmes musulmanes françaises à porter le voile, à parler à leur place en partant du postulat qu’elles sont forcément opprimées par ledit voile et surtout, à faire la sourde-oreille lorsque les concernées témoignent sur le sujet.

Sit down and listen

Pour résumer, si vous êtes une femme blanche, valide hétérosexuelle et cisgenre et que vous êtes persuadée que votre combat s’arrête au harcèlement de rue et à l’inégalité salariale, vous avez de grandes chances d’être une adepte du féminisme blanc. Pas de panique, ça n’est pas irréversible. L’impératif : se taire et écouter. Ce n’est pas facile d’être une femme. C’est encore moins facile d’être une femme et d’être racisée, d’être une femme et d’être handicapée, d’être une femme et d’être homosexuelle, d’être une femme transgenre. Tenez votre ego éloigné, respirez et progressez.

Posted by:Éva Moussa

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