Avant de désigner un genre musical, le terme « baile funk » représentait de grandes fêtes organisées dans les rues avec un sound system qui faisait vibrer toute la ville. C’est par la suite que la dénomination déterminera davantage la musique que ces évènements-là. On a donné à ce style musical un autre nom : le funk carioca, qui signifie « funk de Rio de Janeiro », et reste le terme le plus utilisé.

Un voyage de la Floride aux favelas

Le funk carioca est un style d’inspirations de la culture afro-américaine, plus précisément de la Miami Bass, un genre mélangeant le hip-hop et l’électro, né au milieu des années 1980, principalement à caractère sexuel et sensuel. Il a dépassé ensuite les frontières de la Floride pour s’imposer durant les 90’s, d’abord dans le sud étasunien, avant de connaître un succès commercial sur la scène musicale nationale. Mais le baile funk est même plus ancien que cela : déjà au début des années 1970, deux DJs brésiliens, Ademir Lemos et Big Boy, formaient un duo connu pour ses compilations de remix (Baile da Pesada, Big Baile…) de grandes figures du « funk américain » comme Kool & The Gang ou encore The Meters. En 1971, ils sortent Le Bateau Ao Vivo, considéré comme le vinyle précurseur de ce baile funk, mais on n’y retrouve pas vraiment les sonorités cariocas qu’on connaît aujourd’hui…

Cependant, les soirées baile funk en plein air vont très vite perdre en vitesse. Et c’est grâce Afrika Bambaataa, considéré comme un des pères du hip-hop et instaurateur de la Zulu Nation qui permettra à ces bailes funk de prospérer en sortant le single Planet Rock en décembre 1981. Ces fêtes vont connaître, à la fin des années 1990, un encadrement législatif qui s’est durci depuis. C’est en 1989 que sort Funk Brasil de DJ Marlboro,  considéré comme le tout premier disque de funk carioca. C’est un alliage de freestyle rap et de hip-hop d’artistes américains en portugais. Il est en quelque sorte l’avant-coureur du funk carioca, notamment de part ses traductions de tubes anglais en portugais brésilien, et son désir d’amener le funk et le hip-hop à sa sauce. Un défi réussi par le Disc Jockey de Rio : les « baile funk » retrouvent de leur superbe et le nombre de DJ & de MCs (Masters of Ceremony) pullulent. Initialement prévu pour ces block parties, le funk carioca a permis de véhiculer des revendications sociétales au surplus des éloges de la criminalité des bidonvilles brésiliens. Mais ça, c’était avant…

De la doléance sociale au panégyrique des gangs

Comme tout genre musical, les thèmes abordés ainsi que les styles sont variés, et l’un dépend de l’autre. On retrouve tout d’abord la branche revendicatrice du funk carioca, s’apparentant au rap, où les artistes dénoncent avec un vocabulaire assez cru les conditions de vie et de société pénibles des habitants des favelas. Cette branche a progressivement basculé vers un style ressemblant au gangsta rap, qu’on dénomme plus généralement Proibidões (interdictions en portugais) : on dévie vers une musique plutôt ostentatoire, « bling-bling » sans oublier l’éloge des différents gangs de la deuxième plus grande ville du pays. On distingue aujourd’hui trois gangs majeurs à Rio de Janeiro :

Comando Vermelho : créé en 1969 à Ilha Grande, île à la côte de Rio connue pour avoir abrité une des prisons les plus sinistres du pays, le « Commando Rouge » est connu pour ses trafics d’armes et de drogues mais aussi pour la corruption et les cambriolages. Cette organisation est de plus présente sur plusieurs pays d’Amérique du Sud, comme le Paraguay, la Bolivie et le Venezuela. 

Terceiro Comando Puro : fondé par Césinha et Geleiao aux prémices des années 1980, il est à la base une faction du Comando Vermelho qui s’est détachée de ce dernier, ce qui fait que ces deux organisations sont plus que rivales. Eux-aussi sont très influents dans de nombreux trafics et cambriolages.

Amigos dos Amigos : parmi ces trois gangs, il est le plus récent. Il est érigé en 1998 par un ancien du Comando Vermelho, qui a été banni pour avoir ordonné le meurtre d’un des membres du groupe. En plus de moult commerces illégaux, ils exercent plusieurs autres activités illégales comme les prises d’otage et les kidnappings. 

 

Ce sous-genre reste malgré tout minoritaire, puisque le funk est devenu un genre plus commercial, plus bankable. Une société de production de clips vidéos a réussi à monopoliser ce marché-là : KondZilla. Créée en 2011 par Konrad Cunha Dantas, cette entreprise a plus de 700 vidéo-clips produits à son actif, comptabilisant plus de 17,8 milliards de vues pour environ 36 millions d’abonnés sur sa chaîne Youtube, quatrième au classement mondial des chaînes de la plateforme. On y retrouve les clips officiels de plusieurs dizaines d’artistes reconnus de la scène baile funk, les plus connus voyant leurs vidéos culminer au delà des 200 millions de vues.

Aujourd’hui, le funk carioca inspire de plus en plus de beatmakers dans leurs « prods », et cela dépasse les frontières brésiliennes… Par exemple, en France, on retrouve ces sonorités dans un bon nombre de sons du rap français : Tieks de Damso, Dis moi oui de PLK ou encore Bénéfice de Ninho et MHD. 

BONUS, une petite liste d’artistes afin de  découvrir le funk carioca : MC Kevinho, MC Pocahontas, MC Fioti , Dani Russo, MC Livinho

Posted by:Anas Bakhkhar

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