Le Mbalax  est sans doute la musique la plus populaire du Sénégal. Basée sur les percussions parmi lesquelles on retrouve le tama et le sabar, elle fait le tour du monde grâce à des artistes comme Youssou Ndour, Omar Péne et Ismaila Lo. Très vite, on a vu fleurir des genres dérivé : Rock Mbalax, Zouk Mbalax et même la Salsa Mbalax. Mais une longue marche vers le succès international attend le Mbalax pour asseoir sa légitimité à la même table que celle des grands genres reconnus. 

Le Mbalax possède un rythme dominant. Le célèbre tambour-major Mbaye Gueye Faye explique que le Mbalax est rythmé par le sabar, un petit instrument utilisé par les joueurs de percussion de l‘ethnie wolof.  Le maître, qui a fini par imposer son style et sa classe au monde entier, poursuit en révélant que le Mbalax est « un air d’accompagnement que joue un instrumentiste au sein d’un groupe de percussionnistes« . Le Mbalax est un rythme wolof (qui constitue l’une des principales ethnies du Sénégal). Pour information, le wolof langue est la plus parlée dans les grandes villes sénégalaises. 

Une musique en phase avec son temps

La suprématie du Mbalax au Sénégal ne fait aucun doute et a bel et bien fini par s’imposer au grand public. Pourtant, force est de constater que cette conquête ne fut pas rapide et le processus de maturation a mis du temps avant d’arriver à terme. Ce genre a intronisé un Roi qui se nomme Youssou N’Dour. Les artistes du Mbalax, ou batteurs de tam-tam, ont fini par s’imposer aux premières places des hits parades locaux sénégalais à l’instar de Mbaye Dieye Faye, Salam Diallo ou encore Pape Ndiaye Thiopet. 

Aicha Diallo, étudiante à l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle d’origine sénégalaise et grande fan de Mbalax, explique que « la musique mbalax avait du mal à évoluer. C’est l’arrivée de la nouvelle génération d’artistes comme Adiouza, Carlou D ou encore Pape Ndiaye Thiopet qui a changé la donne. Ils ont puisé dans des genres nouveaux et n’hésitaient pas à reprendre des succès de la musique américaine pour les mbalaxiser« .

Il y a aussi le Marimba, une rythmique brésilienne qui, aujourd’hui, fait partie du mbalax, bien que produite par le clavier électronique et non pas par des instruments traditionnels. Les artistes cités plus haut ont eu une éducation musicale nourrit de jazz et de variété française. Ils se sont épris du mbalax parce que cela fait vendre et y ont ajouté une touche plus moderne.

Une longue marche vers la reconnaissance

Le Sénégal est réputé pour être une terre d’accueil. Cette ouverture a fait que de nombreux groupes musicaux ont très tôt commencé à s’y installer, en particulier à Dakar. Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour voir des orchestres fleurir un peu partout dans la capitale. À l’époque, les sénégalais, qui étaient sous la coupole de la France, aimaient faire la fête. Pour réussir une bonne soirée, il fallait donc faire appel à des orchestres. Ces groupes musicaux se plaisaient à reprendre des classiques européens et américains. Au moment de l’indépendance en 1960, le doyen de la musique Bira Guéye, avec son saxophone, essaye de promouvoir une nouvelle forme de musique locale. Il met en scène des femmes comme Mada Thiam qui chantent en wolof et s’inspirent du folklore national.

Les années 60 au Sénégal étaient marquées par des artistes locaux qui s’échinaient à reprendre des standards de tango, de valse, de biguine et autres variétés occidentales. Cette pratique perdura jusqu’à l’arrivée d’un certain Ibra Kassé, père de la musique moderne sénégalaise. Ce dernier avait décidé d’ouvrir un cabaret à son retour de France à la fin de la Guerre. Il faisait jouer un orchestre nommé Star Band et, timidement mais sûrement, avait décidé de donner une âme et une identité propre à la musique sénégalaise. Il a d’abord commencé par introduire les langues nationales dans la musique avant de trouver une place au tama ce tambour d’aisselle bien connu des sénégalais. C’est ainsi que des artistes comme Doudou Sow et Mamané Fall ont commencé à jouer un rôle prépondérant au sein du Star Band. À la fin des années 1970 et suite au départ de la bande à Pape Seck pour former le Star Band Number One, Ibra Kassé  va tendre la perche à un certain Youssou N’Dour.

Le folklore sénégalais de plus en plus avantagé

Youssou N’Dou fourbit patiemment ses armes et commence par introduire timidement des airs du folklore local. Des morceaux comme Guédj et Faye Birame Penda Wagane font la part belle au tama de son ami Assane Thiam. Mais force est de constater que cette immixtion timide prend encore du temps avant de faire le tour du pays. Des orchestres comme le Baobab de Dakar et le Number One ont essayé sans succès de s’engouffrer dans la brèche. Le Sahel de Dakar tente timidement de faire bouger les choses au début des années 1970. Sous l’impulsion du Grand Cheikh Tidiane Tall, des chanteurs comme Idrissa Diop te Seydina Insa Wade essayent de changer les choses en chantant en wolof sur des airs de sabar. 

Finalement c’est le groupe Super Diamono de Dakar qui sera à la base d’une vraie révolution. Outre le tama, ils introduisent une vraie batterie de percussions wolof avec la contribution d’Aziz Seck le fils d’Aly Guèye Seck,  le célèbre tambour-major de Kaolack. Ce dernier, qui a une réelle maitrise de son art, n’éprouve aucune difficulté à se mouvoir au sein de cette formation adepte de l’Afro Feeling Music. Avec des artistes talenteux comme Omar Pène, Bailo Diagne et Adama Faye, le groupe opère une totale rupture.

Omar Pène qui ne chante qu’en wolof arrive à poser sa voix sur la musique recherchée et aseptisée du Super Diamono. Ils marchent sur les traces de l’Ifang Bondi de Banjul. Sans complexe,  ils arrivent à imposer un nouveau genre qui fera plus tard des émules. Des orchestres comme l’Étoile de Dakar, le Canari de Kaolack, le Royal Band de Thiès essayent de suivre la cadence tout en restant fidèle à la musique afro cubaine. Il a fallu attendre l’entame des années 1980 avec l’avènement d’un certain Youssou N’Dour pour que le Mbalax arrive enfin à imposer son hégémonie locale.

Youssou N’Dour, un roi incontestable et incontesté

L’enfant de la Médina qui venait de quitter l’Étoile de Dakar pour fonder le Super Étoile arrive rapidement à faire vibrer les foules. Au début il opère une totale rupture en tournant le dos au style afro cubain. Devenu seul maître à bord de son orchestre, il chante en wolof et arrive à mettre en avant ses amis Assane Thiam et Mbaye Dieye Faye. Soutenu par un public tombé sous son charme, il créé de nouvelles danses comme le Ventilateur et arrive à semer de nouvelles graines. Malgré la rude concurrence du début qui le mettait souvent en concurrence avec El Hadji Faye, son ancien compagnon de l’Étoile, il arrive à sortir du lot.

Un peu hésitant au départ, il finit par intégrer dans son orchestre une vraie batterie wolof avec Mbaye Dieye Faye à la baguette. Ajoutez à cela le concours savoureux de son danseur Alla Seck, qui excellait dans le tassou (art musical wolof consistant à parler rapidement sur un rythme saccadé), on obtient un cocktail explosif. La décennie 1980 voit aussi de nouvelles voix sénégalaises qui arrivent au-devant de la scène.

Thione Seck; qui a quitté le Baobab, met sur pied le groupe Raam Daan et arrive avec son propre style. Misant entièrement sur un rythme endiablé avec plus de trois percussionnistes, il s’affirme comme un adepte du Mbalax pur et dur. Sa musique dansante lui ouvre les portes des boites de nuit dakaroises comme le Sahel et Orca Night Club. 

Baaba Maal impose facilement son Yéla avec des sonorités Mbalax. Cette période de grâce se poursuivra durant plus de deux décennies. Lamine Faye, qui a formé son orchestre en 1992, amène une nouvelle touche. Très mélodique et  inspiré, ce guitariste et arrangeur de génie impose un nouveau style : le Marimba. Ce style nouveau met en exergue le clavier qui joue un rôle prédominant et surfe sur des notes de Kora ou de Balafon. 

Les femmes ne sont pas laissées en rade

Les femmes aussi ne seront pas laissées en rade et Kiné Lam sortira rapidement du lot. Avec l’aide de Cheikh Tidiane Tall elle met sur pied son orchestre le Kagou au milieu des années 1990. D’autres suivront, à l’instar de Dial Mbaye, Soda Mama ou encore Daro Mbaye. Cheikh Tidiane Tall qui avait senti le coup venir, expérimente la musique tradi-moderne (contraction de traditionnelle et de moderne) et permet à beaucoup de ses femmes de produire de la musique.

D’ailleurs, à cette même époque certains artistes, conscients du rôle dominant du Mbalax, essayent de trouver des raccourcis en créant des rythmes dérivés de ce style. On peut citer l’exemple de Demba Dia avec son Rock Mbalax, du Ndjolor de Castors avec son Zouk Mbalax, du Rap Mbalax avec Black Mbolo ou encore du Super Cayor et de son salsa Mbalax. C’est l’âge d’or du Mbalax et les productions essaiment sur le marché.

Le Mbalax est-elle une musique en décalage avec son temps ?

De jeunes loups sortent parfois du lot mais sans réellement arriver à faire de l’ombre aux ténors que sont Youssou N’Dour, Thione Seck, Ismaël Lô et Baaba Maal. Des jeunes comme Waly Seck, Abou Thioubalo et Pape Diouf créent quelquefois la sensation avant de regagner les rangs de l’anonymat. Malgré quelques belles éclaircies, le Mbalax ne manque pas d’étaler ses limites. Ce genre peine à percer sur le marché international. Des artistes comme Vieux Mac Faye tentent d’expliquer cela par le fait que c’est un rythme ternaire qui n’est pas connu du public occidental.

Le Mbalax est sûrement joué à contretemps et cela a grandement contribué à le desservir à l’ international. Cette explication semble tenir la route car les rares groupes qui ont décroché des disques d’or ont du faire appel à des artistes étrangers au Mbalax. C’est le cas de feu Laba Socé, Youssou N’Dour (avec Seven Seconds) Coumba Gawlo avec Pata Pata et le Touré Kunda avec le fameux Djambadong mâtiné de Reggae et de salsa.

Il est donc urgent d’essayer de réussir une greffe musicale parfaite pour que le Mbalax puisse monter au niveau international. Ce travail de longue haleine sera sans doute mené par les jeunes talents.

Posted by:Ndeye Fatou Diagne

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