13.9, c’est le pourcentage d’acteurs et actrices principaux issu-e-s de minorités ethniques présents dans les productions hollywoodiennes en 2016. Chiffre assez déroutant, il ne surprend finalement pas plus que cela. Il suffit de regarder les affiches de films dans les métros du monde entier pour se rendre compte de la sous-représentation criante des minorités. Pire encore, le vice hollywoodien va jusqu’à offrir un rôle destimais encorené à une personne racisée à un acteur ou une actrice blanc-he : on appelle cela le whitewashing

Hollywood et le whitewashing : une grande histoire d’amour

Hollywood est connu pour ses maladresses quant à la représentation des minorités dans ses films, et le whitewashing en est une. Cette tendance consiste à distribuer des rôles initialement pensés pour des personnes racisées à des acteurs aux traits occidentaux (entendez par là, des personnes blanches). Bien ancré dans le cinéma américain depuis sa création, le whitewashing a traversé les décennies dans une impunité quasi-totale, jusqu’à ce que certaines consciences se réveillent. Tandis qu’une très légère avancée est constatée dans le représentation des afro-américains,  les asiatiques-américains restent, pour beaucoup, en marge du cinéma hollywoodien. 

© THE GOOD EARTH, Paul Muni, Luise Rainer, 1937

Mais peut-on réellement parler de maladresse ? Pas vraiment. Occulter les personnes issues de la diaspora asiatique relève moins d’une ignorance que d’une stratégie marketing savamment fomentée. Les producteurs hollywoodiens savent que mettre des acteurs blancs rapportera plus. Ils sont le standard imposé dans l’imaginaire collectif et, de fait, ne pas demander à un acteur japonais de reprendre le rôle de Light Yagami dans le (très mauvais) remake de Death Note ne dérangera personne. D’ailleurs, il est difficile de parler de whitewhasing (et de straightwashing, par la même occasion) sans évoquer son égérie : Scarlett Johansson. Le film Ghost in the Shell est l’adaptation d’un anime japonais avec une japonaise comme personnage principal. Néanmoins, Rupert Sanders, le réalisateur du film, en a décidé autrement. Il a préféré choisir l’actrice américaine pour ce rôle, malgré les violentes critiques qui ont entouré la production du film. 

White saviorism et représentation stéréotypée, sinon rien 

Dans le même registre, le cinéma américain décide de placer les personnes blanches comme « sauveurs » de la population asiatique. Dans The Great Wall, Matt Damon incarne le héros blanc typique qui vient sauver les pauvres minorités impuissante en Chine. Kevin Nguyen, un journaliste asiatique américain, utilise l’expression « white savior problem » pour qualifier le film et les idées qu’il véhicule.
Mais ce n’est pas tout, dans Doctor Strange, Tilda Swinton joue le rôle de l’Ancien, originellement tibétain dans les comics. Pourtant, l’actrice n’est en rien tibétaine… Le whitewhasing trahit une certaine hypocrisie du cinéma américain qui fait un choix intentionnel de ne pas embaucher des acteurs asiatiques car, d’après la mentalité hollywoodienne, ils rapporteraient moins que des acteurs blancs au box-office, comme dit plus haut. 

Et quand on offre un rôle à une personne asiatique, il est forcément stéréotypé :  nerd, karatéka à la Jackie Chan, mafieux ou timide gueisha. Cependant, il est nécessaire d’apporter une nuance. « Il y a des personnes qui ne peuvent se permettre ce luxe – certains doivent manger. Ils jouent aux terroristes, ou aux personnages stéréotypés, et font des accents pour faire des accents, sans plus« , explique l’acteur Utkarsh Ambudkar à Vice. Dans le documentaire TruTV, The Problem With Apu, il ajoute que « Les Simpson utilisent des stéréotypes pour toutes les races. Mais le problème, c’est que nous, sud-asiatiques, n’avons aucune autre représentation à la télévision« .  

© Priyanka Chopra in Quantico

Cette pratique reste d’autant plus violente pour les jeunes et les adolescents issus des minorités. Ils et elles se retrouvent sans héros ou héroïnes à leur image. Ils intériorisent un idéal type de héros qui ne leur ressemble pas, ce qui peut s’avérer délicat pendant la jeunesse, période où l’identité propre de chacun se construit. Le pourquoi pas moi ? se transforme très rapidement en frustration. Alors que Black Panther a cartonné au cinéma et a soulevé tout un débat sur la représentativité des noirs dans la science-fiction, les asiatiques nés en occident ont du mal à se retrouver dans un film en particulier, tant leur représentation est gommée. Les appels au boycott, les manifestations ou pétitions restent minimes et n’y font rien. Encore faut-il qu’ils dépassent le cadre des réseaux sociaux et que les indignés ne finissent pas par aller voir le film en question. 

Une porte ouverte aux progrès

Et même si des films et documentaires mainstream plus récents se concentrent sur les conditions de vie (souvent montrées comme difficiles) en Asie, comme Lion avec Dev Pater (nominé aux Oscars et aux Golden Globes en 2017), un souci persiste : les gens recherchent toujours une représentation qui ne met pas forcément une expérience asiatique individuelle à l’écran éloignée des clichés. C’est là que le film A tous les garçons que j’ai aimés fait la différence. Il met en scène la vie romantique d’une adolescente américaine, jouée par Lara Condor. 

L’actrice américaine d’origine coréenne incarne le même rôle que n’importe quelle autre actrice de film romantique. Rien ne tourne autour de ses origines : aucun stéréotype racial, pas de mauvaises blagues. On retrouve enfin un personnage auquel une petite fille d’Asie de l’Est (et, soyons plus précis, coréenne) peut s’identifier. Lara Condor n’est d’ailleurs pas la seule actrice à briller. Aziz Ansari a été le premier acteur d’origine asiatique à décrocher le prix du meilleur acteur aux Golden Globes 2017 grâce à sa prestation dans Master of None, série sur la vie quotidienne d’un trentenaire. 

© To All the Boys I’ve Loved Before Masha_Weisberg -Awesomeness Films

Cette habitude du  whitewashing révèle la normalisation du racisme anti-asiatiques, souvent latent, qui participe à la construction d’une image fausse et exagérée. Même si certains progrès sont faits, le problème reste le même. La diversité issue d’Asie du Sud ou d’Asie de l’Est peine à être représentée sur le grand et le petit écran. Certains films continuent leur whitewashing, d’autres renforcent le stéréotype du bon asiat calme et docile. Les acteurs et actrices se retrouvent très vite emprisonnés dans un seul et même rôle, quand ils ont la chance de ne pas être victime d’Asian erasure

Posted by:Chloé Gomes

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