Rico Nasty vient de dévoiler sa nouvelle mixtape « Nasty », un cocktail explosif de titres egotrips où la jeune femme balance de violentes punchlines avec un flow acerbe. Retour sur le parcours d’une des artistes les plus accomplies de sa génération. 

Un rap cathartique

À l’âge de 15 ans, Rico Nasty, de son vrai nom Maria Kelly, plus branchée punk que trap, se met à vendre de la weed pour des mecs de son quartier et se découvre une passion pour le rap. Elle sèche les cours, fréquente la crème du banditisme et digère mal le divorce de ses parents. La rappeuse a eu une adolescence assez tumultueuse et n’a jamais réussi à suivre à l’école. Seule dans les couloirs de son lycée, elle se plaisait dans cette apparence de marginale qu’elle se donnait. D’ailleurs, à 18 ans, alors que la plupart des filles de son âge passent le baccalauréat, elle donne naissance à son premier enfant.

Dès lors, son entourage, qui l’encourageait sans cesse à continuer dans le rap, la pousse à trouver une stabilité dans sa vie. 

Grandir dans un quartier chaud de Palmer Park à Washington D.C. a ses nombreux inconvénients. Rico Nasty mène la vie dure mais ne se laisse jamais abattre. La jeune femme utilise le rap comme un exutoire où elle peut donner vie à de nombreux personnages (Tacobella, Trap Lavigne) qui représentent un aspect de sa personnalité. 

Ce qui différencie Rico Nasty des autres rappeuses, c’est sa capacité à littéralement cracher des lyrics crus avec une voix imposante. La rappeuse exorcise ses démons intérieurs et utilise la musique comme un punching-ball. Rien d’étonnant qu’on ait du mal à la cerner dès la première écoute. Son rap est cathartique et purificateur, puisqu’une fois le titre enregistré, Rico Nasty, soulagée peut s’attaquer à une nouvelle inner issue ou another hating bitch.

« The shit I think about, you should put me in a crazy house »

Une artiste aux mille visages 

La jeune prodige choisit son nom de scène lorsqu’un de ses camarades de classe l’apostrophe en pleine rue en hurlant « Rico Nasty » (sale, en anglais), en référence à son odeur corporelle qui, ce jour-là, ne sentait pas la rose, d’après les dires de la rappeuse. Rico est une référence à son héritage portoricain.

Rico Nasty a avoué avoir voulu le changer si elle gagnait en notoriété. Finalement, elle ne l’a pas fait par manque de temps, comme elle l’explique dans l’excellente cover story de Fader. Peut-être est-ce également un moyen de se tourner en dérision et de ne pas se prendre au sérieux, un peu à l’image de sa musique qui relève plus d’un terrain de jeu que d’une quelconque revendication.

Rapprocher la musique de Rico Nasty a un terrain de jeu n’est pas une raillerie, bien au contraire. La rappeuse assume le côté récréatif de ses titres. En 2014, elle sortait iCarly et Hey Arnold, référence directe aux programmes qui ont bercé l’enfance de millions d’enfants… et la sienne par la même occasion. Elle revisite ce classiques de la télévision en y ajoutant un côté hood et téméraire, comme pour en effacer l’aspect édulcoré et présenter une sorte de cartoon imparfait.

Le titre Trust Issues (issu de Nasty, sa nouvelle mixtape) est un véritable concentré énergétique : une instru aux influences rock, de l’egotrip à souhait et un flot de punchlines incisives. Rico Nasty fait preuve d’une témérité aussi agaçante qu’amusante. Et, au-delà d’un simple divertissement, son rap casse les codes et flirte sans cesse avec l’auto-dérision. 

« I lost my mind a while ago, don’t think I’m gonna find it »

Nasty, la mixtape de la confirmation

Dans Nasty, sa dernière mixtape sortie sous Atlantic Records, Rico Nasty continue sur sa lancée et assume un rôle toujours aussi provocateur et ce, dès les premières lignes de Bitch I’m Nasty : « Bitch talkin’ shit but she living in a kid room / Bitches wanna hate, swoop ’em up with a big broom« . On ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire à chaque barz tant l’égo faussement surdimensionné de la rappeuse s’y reflète avec justesse et précision. 

Tout le long de sa mixtape, Rico Nasty multiplie les paroles suggestives avec une voix rauque et gutturale qui la rend reconnaissable à des kilomètres : Pussy taste like ice cream, come and get this strawberry yum-yum / Put it in his face, now he got a candy crush

Son look atypique mi-punk mi-princess Disney lui vaut d’être directement reconnue comme une artiste à part entière qui ne ressemble à aucune autre. La direction musicale que prend Rico Nasty est à l’image de sa personnalité : hybride et multi-dimensionnelle. La rappeuse surprend là où on ne l’attend pas. Elle n’hésite pas à transgresser les lois du rap féminin qui, malgré son explosion ces dernières années, a du mal à donner à voir autre chose que des versions bootleg de Nicki Minaj (Asian Doll, Cuban Doll). 

Rico Nasty joue déjà dans la cour des grands, et la puissance de sa voix nous ramène tout de suite 20 ans en arrière. Dans Countin’ Up, elle n’hésite pas à emprunter le flow de Back That Azz Up de Juvenile. Sa voix est, à juste titre, souvent comparée à celle de DMX. Ses looks, eux, sont influencés par Lil Kim.

« Call 9-1-1, this bitch bleedin’ out but we still got the speakers loud »

Le rap a besoin de Rico Nasty 

Rien d’étonnant que Nasty reçoive autant de critiques positives de la part de la presse musicale anglo-saxonne qui salue l’homogénéité du projet. Pour une artiste caméléon comme Rico Nasty, l’erreur aurait été de tomber dans un projet qui aille dans tous les sens, sans aller nul part. Pourtant, Nasty frappe par son authenticité, sa cohérence et son franc-parler. Rico Nasty a tout pour durer. Elle est la preuve qu’il n’existe pas un profil typique pour devenir l’une des rappeuses les plus en vogue du moment : elle féminise la trap masculine sans pour autant la dénaturer et sa faculté à s’approprier le genre en le tournant à son avantage est tout à fait remarquable. Sa carrière dans l’industrie du rap est d’ores et déjà tracée.

Posted by:Anas Daif